Tribulations d’un regardeur

Décembre le 28, 2017

Je tenais à reprendre à mon compte la judicieuse préconisation de David Salle sur la nécessité en tant que praticien d’écrire sur le travail d’autres artistes. Ça favorise le recul sur sa propre production. Je ne me risquerais pas à garantir la régularité de cette hygiène personnelle, mais le sujet qui suit s’est imposé de lui-même. C’est comme ça : parfois l’envie se manifeste, il ne reste plus qu’à espérer que les mots pour la traduire sortent aussi du gué…

D’un pas ferme et décidé, je me rend ce mercredi 27 décembre au centre Pompidou, pour jeter aux expositions César et André Derain un œil non acquis à leur cause mais curieux, et néanmoins dans les mêmes proportions enthousiaste. En réalité non ; Derain avait ma faveur, mais me faire une idée simultanée de ces deux œuvres me semblait opportun.

Bien sûr, je n’ai pas pu rentrer dans le haut lieu de l’art comme culture célébrée. Ma confrontation à ce pèlerinage inévitable des parisiens qui s’emmerdent et des touristes pour qui il s’agit d’une case supplémentaire à cocher dans leur to-do list, grossissant sans distinction les rangs des quelques 200 mètres de queue cumulée sous une pluie d’hiver pourtant rédhibitoire, a eu raison de mon inébranlable volonté.

Ma détermination à ne m’abandonner sous aucun prétexte au plan de repli déprime & canapé option contemplation de la nuit tombée n’a pourtant fait qu’un tour, et m’a tout droit conduit au musée Picasso, que je sais disposé à me laisser pénétrer à tarif préférentiel dans son antre consacrée au peintre préféré des Français. Une valeur sûre.

Ces français qui me semblent peu nombreux à connaître la raison de leur engouement ; si on leur demandait, ils le mettraient en première position avant JJ Goldman – il suffirait d’un signe…

Mais la peinture de l’Espagnol n’est loin d’être qu’affaire de signe. Pour ma part, je crois que je n’y ai jamais rien compris, même si je me sens aujourd’hui plus réceptif. À Picasso, pas aux signes. Enfin, peut-être.

Je ne reviens pas sur la nécessité pour les institutions de la culture d’agencer les pièces, comme les idées, d’une manière plus feng shui – on n’a pas besoin de valider ou d’argumenter pour dérouler le raisonnement : le public a besoin d’un consommable digeste, ludique, avec le mode d’emploi fourni préalablement – attention un nez rouge, attention ces courbes sont des fesses – pour passer à l’apéro dans la foulée, c’est à dire sur les coups de 17h30, et roter en famille la réforme du code du travail sans s’encombrer de débats esthétiques.

Après tout c’est Picasso qui nous intéresse, même de loin. L’autorité de tutelle s’est donc fendue d’un programme temporairement bicéphale, relatant primo l’année 1932 sous les auspices d’un érotisme indiciel – d’après eux, il faut montrer ses femmes allongées pour illustrer la sensualité de l’ibère coquin, deuzio le leg de 1947 à un musée français d’art moderne en constitution sous la direction de Jean Cassou.

Plutôt molle, cette première partie érotico-frigide, pâle comme de la chaire par grand froid, et pastel comme une nature vraiment morte dans la salle d’attente d’un ostéopathe routinier, et rond et chiant comme une roue de tricycle, et plat et fade comme une nouille au fond d’un évier, mérite assez peu qu’on s’y attarde. C’est cruel pour le peintre, mais certaines des mièvreries qu’il a commis – qui ne sont pas là où on les attend, du reste – sont probablement en grande partie la cause de sa longue éviction de mon panthéon personnel – je vais me laisser le temps comme porteur de ma possible rédemption.

L’accrochage thématique Picasso 1947 m’est apparu plus impressionnant – dans cette double acception à la fois courante, impressionnant comme obstacle insurmontable, et impressionnant comme agent de persistance rétinienne. À la faveur de ces 10 toiles accrochées au 3e étage de l’hôtel particulier, que les marches pour y parvenir ont rendu rétifs les spectateurs les plus encombrants, je prend graduellement la pleine mesure de ce qui se joue : dans le génie qu’on s’accorde à lui reconnaître, dans l’appréhension de ses toiles et ses sujets.

1947, un don majeur au musée d’art moderne

Entendons-nous, je ne suis pas totalement dans la découverte ; j’ai vu Guernica au musée de la Reine Sofia,  j’ai vu des échantillons -presque gratuits- dans les grandes collections d’Europe. Mais jusque là, j’étais passé à côté de quelque chose. Qui se contenterait d’affirmer que ce n’est qu’une question de moment propice ?

C’est en réalité à la faveur de 3 toiles bien spécifiques que la séduction a été entière et jouissive : La casserole émaillée, la Femme lisant et La muse.

De tailles et de sujets variés, on parle ici d’enjeux picturaux et de composition qui le sont tout autant.

Ce qui frappe, c’est l’agencement des formes et des couleurs ; il y a perpétuellement une note qui fait écho à une masse éloignée dans la surface du tableau. C’est un poncif, mais la recette est inégalée.

Le regard se balade dans la toile, et finit par danser.

Les lignes convergent, les yeux circulent, suivent un fil, puis reviennent ; bouclent et s’échappent.

S’écharpent même, sous les coups de boutoir d’angles et de courbes qui se télescopent.

Les tons sont vibrants, toujours, même et surtout en aplats.

La surface est pleine, même lorsqu’il s’agit de peindre du vide.

All-over appelleraient-ils ça à une autre époque ?

Le cerne. Il renforce, on parle aussi de dessin, à dessein : ils évoquent une tradition de la nature morte espagnole.

C’est une poésie, élégante bien que massive. C’est pourtant grossier. Et puis non.

Je pense aux papiers découpés. Il serait peut-être chafouin à l’entendre, car il entendrait, sous-jacent, un nom qui n’est pas le sien. On nous a vendu une concurrence, je les pense plutôt cul et chemise.

De l’éclat ; le clair et l’obscur fonctionnent de concours, à proportions égales – je ne crois pas avoir entendu de lui que c’était un peintre de la lumière. C’est quand même brillant.

Ça construit quelque chose ; concaténation récapitulative, dixit lui-même dans le Mystère éponyme de Clouzot, pour débusquer le tableau sous le tableau. Je n’ai pas de mérite, c’était présenté comme tel dans la petite exposition dont ce même Clouzot était le dénominateur commun, qui gisait trois portes plus loin, sous la férule de Paul Ardenne. Cette méthode que s’applique, en programmatique, Orsten Groom présenté dans cette même monstration.

Magie du regardeur, oui, mais la magie est opérante dans toutes les strates du système ; magie du faiseur, magie du fait, magie de l’assembleur-penseur. Magie du lieu peut-être, mais ce n’est pas le sujet.

Le sujet est toujours le point qui crisse.

Picasso ne m’a pas donné l’impression de paniquer face à la question du sujet, il est son propre sujet, constamment, tout le reste n’est que prétexte.

Et donc, ça construit, ou plutôt ça se construit, c’est le principe même. Les couches s’attendent patiemment, même dans l’urgence, comme on attend le métro. Et se découvrent en se couvrant. Je ne crois pas qu’il s’agisse simplement d’un (bon ?) mot ; le langage également traduit ce paradoxe effectif, d’une addition qui soustrait, ou d’une soustraction qui ajoute, au choix.

Ce qui est là après tout, c’est de la peinture dans toute sa majesté.

Ce n’est pas enviable, d’être à votre place, vous qui n’avez pas vu ces toiles, même si je ne fais que spéculer à votre sujet. Je vous joint les photos plus à titre testimonial qu’autre chose ; qui a déjà réussi à se faire une idée viable d’une peinture sur la seule foi de son image ? Il est vain de croire que cette casserole émaillée bleue suggère sa pleine puissance dans une famélique représentation de 1000 pixels de large, bien que les manifestations de ces formes aiguës qui pointent vers l’inférieur et l’Est du tableau soient aberrantes, y compris dans leur reproduction ; que cette muse au vase, l’un et l’autre réduits à d’élémentaires et sommaires tâches de couleurs, inspire quoique ce soit à travers le prisme de vos écrans mal calibrés. Cette boucle est fascinante ; qui inspire qui, au fait ? Je dois faire état d’une transmission référent/référé qui m’échappe, d’une inter-imagination hautement complexe.

Je crois bien n’avoir pas traduit ce que ces toiles ont suscité en moi en fin de compte, “vous devrez vous acquitter d’une autre séance”, m’a dit le spécialiste. Oui, cette hygiène devrait être impérative.

La casserole émaillée
La casserole émaillée
Femme lisant
Femme lisant
La Muse
La Muse

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L’illustration, c’est la main qui parle ; le dessin, la main qui pense

Je n’aurais pas du me laisser déborder en 2016 et omettre de poster ici ce sur quoi j’ai travaillé – entre autre, et qui n’avait pas sa place sur le site du bu:ro

C’est un post exclusivement orienté illustration, avec quelques exemples de productions de 2016 : une liste non exhaustive, mais idéalement représentative de ce pan de mon travail. Il peut s’agir de séries auxquelles vous aurez accès ici.

Le titre de ce post fait dans une certaine mesure efficacement office de manifeste au sujet de ce qu’est être un producteur de visuel – et je ne dit pas image, à dessein. Je peins, je dessine, j’illustre, je travaille dans la communication… Ce sont autant de pratiques dont je me plais à croire qu’elles ne s’annulent pas les unes les autres, mais s’alimentent.

J’ai récemment rencontré quelqu’un qui doutait de cette approche en la suspectant de schizophrénie – je ne l’imagine comme telle, mais plutôt comme les aspects d’une multipotentialité et que je revendique comme telle.  À l’occasion, je reviendrai dessus…

À noter que l’on peut se procurer certaines des réalisations ci-dessous ici !

 

Ohne Titel 2, digital colours
Ohne Titel 2, digital colours
Ohne Titel 4, digital colours
Ohne Titel 4, digital colours
Ohne Titel 6, digital colours
Ohne Titel 6, digital colours
Batmanito, digital colours
Batmanito, digital colours
Rolando Bloom, digital colours
Rolando Bloom, digital colours
Guru, digital colours
Guru, digital colours
Illustration for JG Ballard's Crash - Digital painting
Illustration for JG Ballard’s Crash – Digital painting
Illustration for JG Ballard's Crash - Digital painting Twisted Cupido's Version.
Illustration for JG Ballard’s Crash, Twisted Cupido’s Version – Digital painting
Paris - ink on paper 80x120cm
Paris – ink on paper 80x120cm
BALLARD-CRASH-CUPIDO-frame
Illustration for JG Ballard’s Crash – Twisted Cupido’s Version. 26×37,5cm, 2016. Frame not included. Ink on paper
Créer un espace et y introduire du vide #1
Créer un espace et y introduire du vide #1
Digital printing on 190g artistic paper – Signed and numbered (/3) on the back, 21×29,7cm.
SELFPORTRAIT-WITH-NASAL-SEPTUM-DEVIATION-frame
Selfportrait with nasal septum deviation
Ink on paper. 28,7×42, 2016.
D.R.A.W. Revolves Around a Will #2
D.R.A.W. Revolves Around a Will #2
D.R.A.W. Revolves Around a Will #1
D.R.A.W. Revolves Around a Will #1
D.R.A.W. Revolves Around a Will #4
Risograph on Munken 300g/m2. – Signed and numbered (/30), 30x42cm. What’s D.R.A.W. ? D.R.A.W. Revolves Around a Will !

Vœux 2017

Dites-le avec les mains !

Vœux 2017 - Fig. A (Hands), ink on paper
Vœux 2017 – Fig. A (Hands), ink on paper
Vœux 2017 - Fig. B (Hands), ink on paper
Vœux 2017 – Fig. B (Hands), ink on paper
Vœux 2017 - Fig. C (Hands), ink on paper
Vœux 2017 – Fig. C (Hands), ink on paper
Vœux 2017 - Fig. D (Hands), ink on paper
Vœux 2017 – Fig. D (Hands), ink on paper
Vœux 2017, Figures (Hands), ink on paper
Vœux 2017, Figures (Hands), ink on paper

Le Caravage, Michael Borremans & Francis Alÿs…

Ces vacances ont été plus que belles. Londres, Vienne et Prague. Car non content d’y trouver le bonheur d’y flâner, j’y ai aussi trouvé celui des yeux et de la pensée, par la peinture et la démarche créative des trois sus-nommés, au travers de leur rétrospective, catalogue et exposition respectives.

Londres, tout d’abord, et le bel accrochage du Caravage et de ses suiveurs. Évidemment dans une pièce, ses œuvres la baigne d’une incroyable et lumineuse obscurité. C’est juste magnifique d’émotion quand on se retrouve confronté à une telle grâce qui a traversé les siècles…

Exposition Beyond Caravaggio
Exposition Beyond Caravaggio

Londres, toujours, et ce catalogue As Sweet as it Gets que je convoitais depuis des années. La peinture de Michael Borremans me fascine, ce surréalisme discret, une facture précise et pourtant tellement peinte ; un sens de la composition, une palette maîtrisée – non sans rappeler Velasquez. Bref, lourd dans la valise et imposant sur une table de chevet, mais indispensable…

Michael Borremans : As Sweet as it Gets
Michael Borremans : As Sweet as it Gets

Et puis Vienne. Une des plus belles expositions vues récemment ; celle de Francis Alÿs au Pavillon de la Sécession. Une pratique discrète, avec sa série Le temps du sommeil, développée depuis les années 90 et qui coure encore aujourd’hui – performeur, promeneur, il pose son regard sur le monde et le traduit avec une approche mi-politique, mi-poétique par la vidéo, le dessin, la peinture, et les mots qui vont avec. Ce travail du temps du sommeil, précisément, me semble être le journal de la progression de sa pensée, et c’est captivant de voir se dérouler sous nos yeux cette progression proprement linéaire.

Francis Alys Le Temps du Sommeil, Détail
Francis Alys Le Temps du Sommeil, Détail
Francis Alÿs, Le temps du sommeil - Détail de l'exposition
Francis Alÿs, Le temps du sommeil – Détail de l’exposition
Francis Alÿs, Le temps du sommeil - Vue de l'exposition
Francis Alÿs, Le temps du sommeil – Vue de l’exposition

Campagne WWF

Le bu:ro s’est bien amusé, sur ce coup-là ! WWF, en partenariat avec Saxoprint, a organisé pour la deuxième année consécutive un concours pour la conception de sa campagne 2016 pour la protection des océans, intitulé #creativeawards. Je n’ai pas été retenu dans la shortlist pour le vote du public, mais le projet a quand même été très sympa à réaliser… Aucun animal n’a été blessé pendant le tournage, en revanche l’orange n’est clairement pas mieux de sa forme (!).

affiche WWF bu:ro

WWF-a4-benjamin_mis

Pour info et se faire une idée de la concurrence, le site est ici.

Logo // Anette Caumont

Et voici une nouvelle production en date de quelques semaines maintenant, mais dont  je suis très fier d’avoir eu la charge, en dépit du retard pris pour en parler ici…

logo anette Caumont

Anette Caumont créé des bijoux, et sa spécialité c’est l’enfilage de perles sur fil de soie. Des réalisations toutes en délicatesse, qui font état de sa connaissance poussée des matériaux qu’elle sélectionne avec soin et de l’esprit qui l’anime.

Pour elle, j’ai donc œuvré à concevoir un logo qui incarne ses valeurs ; l’idée d’un monogramme qui traduise l’aspect haut de gamme qu’elle insuffle à ses créations, véhiculant finesse et élégance, mais aussi l’attachement au fait main, dont l’aboutissement est la production de pièces uniques à l’image de chacun de ses clients.

simulation sac anette Caumont
Page extraite de la charte graphique

 

Graphisme en mode sans échec (et sans aspérités…) ou le syndrome du mockup

Je ne sais pas si vous avez remarqué à quel point, dans certaines circonstances du moins, les graphistes sont soit fainéants, soit pas si créatifs que ça, soit éventuellement, disons, consensuels. Je n’ai rien contre eux -je serais même plutôt pour, comme dirait l’autre -puisque c’est aussi  pour partie mon job. Hé oui (d’ailleurs, il y a graphisme et graphisme, mais c’est un autre sujet)…

En réalité, je voudrais attirer votre attention sur un phénomène récurrent depuis plusieurs années maintenant, qui ne vous a peut-être pas échappé, et qui me hérisse la timbale – un peu. C’est le problème de la tendance. J’imagine qu’on y cède tous à un moment donné, même légèrement, parce que l’on s’abandonne à la facilité, au gain de temps, à la pression extérieure, etc…

Et là, plus spécifiquement, c’est la question de la tendance non dans la production elle-même, mais dans les modes de présentation. Taadaa. Pour ceux qui font de la veille (stratégique, créative ou autre…), ils ont même le nez dedans à plein temps. Du temps, on va en gagner, je montre à quoi je fais référence :

visuels de compositions supports d'identité visuelle
L’art de la composition…

Et là, c’est quatre exemples pris au hasard ; Instagram, Pinterest et autre Behance en regorgent suffisamment sans pudeur pour vous faire une idée par vous-même.

On notera donc les caractéristiques de cette recette qui marche ; un fond sobre/uni, voire un bonus lattes de parquets avec variations colorielles, un vignettage de la photo qui assombrit les bords extérieurs du visuel, une composition en perspective isométrique (ou dérivé, à une poignée de degrés près…) montante ou descendante (ou bien vue de dessus, histoire de changer un peu…), peu importe. Et surtout des éléments de composition aussi ordonnés qu’une notice de montage suédoise. C’est bien, on trouve même des mock-ups dédiés (des maquettes en blanc, pour faire simple) permettant d’insérer son propre design ; ça évite : 1) de réfléchir à une autre solution et 2) de s’em****** à le prendre en charge soi-même. Hé oui (bis), parce qu’il faut pas se leurrer, ce genre de photo à réaliser chez soi, c’est quand même long, fastidieux, et ça demande un peu de matériel et de savoir-faire (aussi).

Et moi, ça me chagrine quand un type d’iconographie prend trop d’importance dans mes fils d’actualités, dont la vocation première, comme pour tout un chacun je suppose, consiste à alimenter ma veille créative. C’est comme du fast food rétinien : ça se consomme vite, trop vite même, on y fait plus vraiment attention, et un jour paf ! Indigestion. Et surtout, on ne veille plus à rien…

Aussi ai-je pris le temps de réaliser une mini-série d’affiches pour évoquer ce sujet… Disons que c’est un processus d’action/réaction qui s’est mis en place, avec l’idée de prendre un contrepied ironique à l’uniformisation des « préz » (laul). L’idée était la suivante ; composer les mêmes types de visuels avec… N’importe quoi. Et trouver des accroches au second degré les mettant en perspective. Voici donc le résultat. Je me suis bien fait plaisir à les concevoir et les produire, et je peux désormais confirmer que mettre en place ce genre d’exercice prend du temps.

Projet personnel : Affiche "Graphisme du dimanche"
Projet personnel : Affiche « Graphisme du dimanche »
Projet personnel : Affiche "Plateau Graphisme"
Projet personnel : Affiche « Plateau Graphisme »

Et je voudrais saisir cette occasion pour aborder un point, un peu plus… Sociologique ? Prospectif ?

Voyons. Il y a d’autres évènements qui fleurissent les fils d’actualités depuis un moment, ce sont les articles relatifs à l’inquiétude de nos contemporains sur leur avenir, avec la perspective de l’avènement des machines et de ce qui relève des processus d’automatisation. Et… L’avenir professionnel en fait copieusement partie, puisqu’une étude récente affirme que d’ici 2035 les robots pourraient occuper aux US, auRoyaume-Uni et au Japon la moitié des emplois. D’autre part, les emplois les moins exposés (du moins dans un premier temps…) seraient, naturellement, ceux qui nécessitent un aspect créatif, intuitif, sensible. Normal, quoi – mais ne relisez pas Isaac Asimov ou Ph. K. Dick…

À mon avis, et compte tenu de ce à quoi j’ai fait référence plus haut dans l’article (dans une certaine mesure, nous sommes d’accord…), la question se posera peut-être plus tôt que prévu si nous concevons les outils permettant d’automatiser les tâches (ex. les mockups, les scripts photoshop, etc… Mais je suppose que ça fonctionne avec les principes de frameworks et autres resources), nous en servons sans les challenger, nous en satisfaisons et en redemandons régulièrement dans nos fils d’actualité. Il existe même des pistes de recherches en création création graphique qui se focalise uniquement sur la création via des processus informatiques… Mais  seule l’ironie restera probablement une des étapes les plus difficiles à enseigner à une intelligence artificielle.

Enfin, je suppose que ça mérite discussion, non ?

Introducing… Snarkitecture

Il en est de ces ovnis dans le panorama de la création dont on on peine à les placer sur l’échiquier. Je pose cette remarque alors même que bien d’autres me viennent à l’esprit quand on parle de ceux dont les productions vous fascinent ou vous interrogent… C’est probablement parce qu’au-delà de cette démarche plasticienne sur laquelle ils basent leur méthode de conception, ils sont définitivement de réels directeurs artistiques sans frontières (!). Stricto senso.

Odin Fragrances - Retail Installation, New York NY, 2012
Odin Fragrances – Retail Installation, New York NY, 2012

En l’occurrence, c’est du duo qui compose Snarkitecture, Alex Mustonen et Daniel Arsham dont il s’agit – il se trouve que ce dernier fait aussi honneur à sa production personnelle, puisqu’indépendamment de cette entité bicéphale, il est  représenté par Emmanuel Perrotin. Et c’est un beau boulot qu’il y présente du reste …

Calvin Klein Collection - New York NY, 2014
Calvin Klein Collection – New York NY, 2014
Airball - Miami FL, 2014
Airball – Miami FL, 2014

Snarkitecture provient comme ils l’expliquent eux-même d’un poème de Lewis Carrol, The Hunting of the Snark, décrivant “the impossible voyage of an improbable crew to find an inconceivable creature », et travaillent dans leurs recherches à éprouver l’expérience et la mémoire du spectateur – statement pas si révolutionnaire que ça sur le papier, mais bon, admettons….

En Noir FW14 - New York NY, 2014
En Noir FW14 – New York NY, 2014

 

Ce qui m’intéresse, c’est cette propension au mélange des genres ; où les limites des activités sont repoussées, où cette logique d’une démarche d’artiste dans un processus de création est destinée à une opération dédiée à une marque, une entreprise, une structure spécifique, tout en continuant de produire des installations toutes aussi singulières pour des musées ; où tout en se focalisant sur un cahier des charges que je suppose définitivement contraignant quoiqu’ambitieux, ils proposent des pièces singulières et cohérentes. Ça interpelle.

Kartell Bourgie - 2014, Fiberglass (29” x 27” x 37” (H x W x D)
Kartell Bourgie – 2014, Fiberglass (29” x 27” x 37” (H x W x D)

Information non négligeable de mon point de vue, et pour en revenir à Daniel Arsham, il a collaboré avec l’agence Simone pour la Maison Perrier-Jouët dans la conception d’un coffret sculpté en série limitée. Beau boulot, et chapeau bas à l’agence qui fait de la collaboration avec des plasticiens une constante dans leurs réalisations.

Et pour tout voir et tout comprendre de Snarkitecture, c’est par .

Wasserman Table  - 2012, Glass fiber reinforced concrete (18" x 60" x 60" (H x W x D) Edition of 3
Wasserman Table – 2012, Glass fiber reinforced concrete (18″ x 60″ x 60″ (H x W x D)
Edition of 3

#Bestwishes ! 2024 incoming (si si…)

26 Janvier 2016. C’est le bon jour.

Nous sommes donc le 26 Janvier, et je m’apprête à faire parvenir mes vœux. Oui, car il vaut mieux partir à (au) point, que pas de tout… Après tout, il se dit que nous avons jusqu’à la fin du mois pour s’en charger.

Mais j’ai du mal à me dire qu’il s’agit d’une sagesse populaire, je miserais plutôt sur une convention socialement acceptée, histoire de ne froisser personne. Pourtant, à creuser un peu, tout le monde se fait sa petite idée sur la question, y va de son conseil avisé…

Pour ma part, c’est un malentendu ; je pars du principe que ces vœux-là marqueront un peu plus mes interlocuteurs. Après tout, un mois après, je pense encore à eux !

Quoiqu’il en soit, je voulais prendre le temps de penser un visuel et prendre cette opportunité comme prétexte à travailler sur 2/3 notions qui occupent mon esprit depuis un moment…

Carte de vœux bu:ro/bnm:s 2016
Carte de vœux bu:ro/bnm:s 2016

J’ai voulu tout d’abord concevoir un visuel qui fasse réellement état de moyens de production représentatifs de mes orientations esthétiques ; réaliser une maquette, penser un dispositif, faire le shoot définitif par ajustements successifs, penser une accroche… En bref, faire un visuel cohérent.

Il m’a importé de réfléchir un visuel représentatif de ma double préoccupation arts graphiques / arts plastiques, une sorte de synthèse des problématiques qui me sont chères. C’est la référence explicite à la fameuse pièce de Robert Indiana, Love. La pertinence de cette pièce en particulier, pour moi, c’était -sans candeur aucune, hein…- de ramener à mon modeste niveau un peu d’humanité dans notre époque.

Au passage, ce visuel est d’autant plus représentatif des problématiques qui me sont chères puisqu’il met non seulement en scène de petits objets, ces fameux tampons, comme clin d’œil aux caractères typographiques en hommage à l’imprimerie, mais il incarne aussi mon attrait pour ces objets que l’on collecte et pour lesquels on développe parfois une forme de fétichisme… Et auxquels je dédie une série de peintures depuis quelques années.

Enfin, je l’ai pensé comme un hommage à un graphiste auquel je voue une certaine admiration, Michal Batory – je vous laisse deviner pourquoi (!). Michal, si tu me lis, je te le dis : damn, tu es mon héros !

Voilà vous savez tout ! N’hésitez pas à me faire part de vos remarques…

B.

INK portraits…

Il y a un outil auquel je suis accro depuis quelques temps : le stylo pinceau. Ce truc est fabuleux. Et sur mon temps libre, comme ça, je dessine, je fais des essais… D’ailleurs, une pièce que j’aimerais approfondir un peu plus a été réalisée avec, autant pour le sujet que pour l’outil.

Voici donc quelques portraits…