Do Androids Dream of Electric Sheep ? Où les possibles d’une profession en constante (re)définition

Voyons…

« Ceci est votre premier article », me dit WordPress, avec toute la bienveillance dont il peut faire preuve à mon égard – bienveillance intéressée, je n’en doute pas, mais ne nous perdons pas en conjectures…

Ce même premier article qui, dans quelque mois, sera noyé de par cette structure chronologique et relayé au confins de son propre historique, où plus personne n’y prêtera attention…

Ce n’est pas une raison pour en négliger la teneur ; dans cet instant présent, celui de l’écriture, je pèse toute la responsabilité qui m’incombe de ne pas perdre le lecteur audacieux déjà parvenu à ces lignes – et vous, ô lecteur, qui serez aussi dans votre instant présent, celui de la lecture, pèserez consciencieusement la nécessité d’aller plus avant dans cette obscure présentation. Une forme d’ubiquité temporelle donc, qui n’est cependant pas encore le passé antédiluvien du post introductif d’un énième blog. On dirait un postulat de film de science-fiction (!). À nouveau, ne nous perdons pas en conjecture…

Nous voici donc rendu à cet exact instant où je m’explique sur le pourquoi de ces lignes – et des nombreuses qui, je l’espère, suivront dans les semaines et les mois à venir.

Allons, donc…

Vous êtes en train de lire le blog d’un quidam parisien, artiste plasticien et directeur artistique, qui donne à lire, à l’attention de qui veut bien y prêter attention, ses états d’âmes professionnels. Relater ici, même succinctement, les plus brefs éléments autobiographiques s’y rapportant ne serait pas approprié – et pour se faire une idée, voir .

Toutefois, permettez-moi de vous éclairer en deux mots ; à 33 bougies toutes fraîchement soufflées, je suis à l’aune du plus grand péril de carrière qu’il m’ait été permis de vivre : la transition vers une activité en indépendant – autrement dit, je ne suis pas frais dans mes bottes. Après avoir travaillé en agences plusieurs années comme « directeur artistique » (l’heureux euphémisme que le milieu de la com’ s’emploie à consacrer en toutes circonstances pour ses graphistes polyvalents), tout en me faisant miroiter à moi-même ce même nombre d’années les illusoires délices d’une carrière d’artiste, il m’a fallu me rendre à l’évidence qu’aucun progrès ne serait à attendre de cette situation si je ne provoquais pas le hasard… Nous sommes alors courant 2014, et je quitte effectivement le 31 septembre de cette même année le studio de création dans lequel j’ai commis incentives, sites web et autres ODR (attention, il y a un piège, comptez bien sur vos onze doigts), mais dans lequel je ne satisfaisais pas aux ambitions créatrices que je nourrissais pendant mes années d’études.

illustration 31 septembre
L’illustration commise en 2014 pour fêter cette nouvelle vie en approche…

Soyons précis.

Depuis cette date je me consacre à ce vaste projet. Je me suis donc attaché à ma production d’artiste, de directeur artistique, à la réalisation des sites web promouvant ce travail et à donner des coups de main sur des projets extérieurs (thetakeoff par exemple ou encore le hackathon d’ATD Quart-monde en partenariat avec simplon.co et l’agence Spintank).

En octobre 2015, pour parfaire les modalités d’accès à cet avenir et faire en sorte de le rendre le moins incertain possible, j’ai intégré un dispositif que je recommande à tout ceux qui nourrissent des velléités d’entrepreneuriat, une couveuse d’entreprises ; en l’occurrence le G.E.A.I, structure sis 18 rue du faubourg du temple à Paris. Et je ne crois pas qu’il y ait meilleures conditions pour tester la validité de son projet, en tous cas dans les circonstances où je l’ai envisagé. Je travaille donc dans ce contexte à viabiliser l’activité que je définis… Depuis de nombreuses années en réalité ; mais ça, je ne le savais pas encore.

Alors vous faîtes quoi exactement ?

Très bonne question en réalité, et donner une réponse en quelques mots se révèlerait péremptoire. C’est non seulement l’objet de ce post, mais au-delà, c’est l’objectif même d’une carrière en indépendant : viser à définir et re-définir continuellement la nature de sa pratique. Suis-je ce que je fais ? Suis-je ce que j’ambitionne de faire, voire ce que je serais amené à faire, même de manière hypothétique ? Réfléchir à ces questions et pouvoir influer sur cette question est un luxe dont on ne peut se priver…

Je présente mon activité ainsi : je fais de la direction artistique en apportant une approche plasticienne. Ça peut paraître flou… J’ai travaillé de nombreuses années dans la communication comme DA/graphiste ; diplômé des Beaux-arts, j’ai eu mon bac Arts Appliqués en 2000 et par-dessus le marché j’ai une formation de graphiste web multimedia ; je peins, pratique divers mediums, m’intéresse inconditionnellement à l’art contemporain et mets en perspective les démarches d’artistes qui m’interpellent avec mes propres productions. L’idée en fin de compte est simple : mes diverses pratiques s’alimentent les unes les autres, et je dois mettre ces processus en valeurs, car ils créent une richesse dans ce que je propose à mes clients et constituent une réelle plus-value dans ce que je leur propose. Et pour être clair, non, je ne développe pas des logos à la peinture à l’huile…

Il faut comprendre que les limites entre l’univers des arts (plastiques, pour faire simple) et celui des arts appliqués sont de plus en plus poreuses, et c’est cette dimension que je cherche à intégrer ; ces limites se révèlent être l’objet d’ouvrages de réflexion, l’ENSBA de Paris accueille – ou plutôt a accueilli- des défilés de mode (au risque de quelques polémiques, a priori justifiées mais pour d’autres raisons), les agences de publicités vont chercher dans les réservoirs à idées de la création contemporaine les concepts qui feront mouche dans leurs campagnes (pour exemple, les travaux spectaculaires de G. Rousse ou Felice Varini semblent impressionner les rétines…) et on sollicite sans complexe des artistes pour plancher sur des designs de commande (Neverfull série spéciale Takashi Murakami pour Louis Vuitton). Et il ne s’agit que des exemples les plus connus… À l’inverse, et encore à titre d’exemple sonnant et trébuchant, la communication est une composante plus que jamais essentielle et inévitable des bonnes pratiques de développement de entreprises du monde de l’art ; le baron Perrotin se joue avec brio des ficelles de la com’ pour faire briller sa paroisse – coucou Pharell Williams.

Il faut rappeler que pour certains d’entre nous, dont j’ai fait partie alors tout fraîchement diplômé, vivre de sa passion est un problème ontologique délicat à appréhender (c’est du moins comme ça que je l’avais vécu : dès lors que produire est un gagne-pain, sommes-nous réellement libre de nos actes et de nos choix plastiques ?). Ce à quoi se rajoute des problématiques liées à ce qu’on appellerait la loi du marché (concurrence, cible, tarifs, auto-promotion…) qui rendent ces manœuvres complexes pour les jeunes pousses que nous sommes quand on déboule par paquets de douze dans ce formidable univers, qui n’est pas que paillettes et champagne -loin s’en faut. Et puis, il faut être conscient que nous n’avons pas tous la chance d’être pris sous son aile par un jeune et audacieux curateur, rencontré lors de la soutenance de notre diplôme, disposé à montrer des boulots fragiles et « en devenir » (les vocables de l’art n’ont rien à envier aux néolo-anglicismes de la communication) -qui ne sont à peu de choses près que les redites des peintres allemands réalisées vingt ans plus tôt ou les vidéos d’artistes post-conceptuels. Voilà : les jeunes pousses, c’est bon, ça craque sous la dent mais c’est le problème du jeunisme dans l’art… Et si on ne tient pas la route, on retourne bosser en quête de nouvelles perspectives.

Pour ma part j’ai pris mon temps, ayant vécu dans une forme de schizophrénie inextricable depuis l’âge de comprendre ce que signifie réellement « dessiner » et me confrontant par là-même à la difficulté de choisir clairement un destin, je ne me suis jamais réellement positionné, continuant à cultiver mon jardin fait d’illustrations, de tableaux, de compositions, de couleurs, de typos…

Mais voici où je veux en venir : m’employer dans mes activités de directeur artistique à agir en amont pour le compte de clients dans cette logique anticipative sur les concepts créatifs à mettre en œuvre ; prendre le recul nécessaire sur leurs attentes pour proposer des idées fortes et des réalisations à la hauteur. Afin, surtout, que nous prenions eux et moi du plaisir tout au long de ces projets, et qu’une vraie satisfaction se dégage de nos collaborations à leur issue. Et puis continuer à peindre. Et photographier. Etc…

Et pour ça, il n’y a pas de recette pré-établie. C’est un objectif à long terme, en constante constitution…

Je vous ai donné ma version des faits, de mes ressentis. Mais vous, qu’en dites-vous ?

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