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Graphisme en mode sans échec (et sans aspérités…) ou le syndrome du mockup

Je ne sais pas si vous avez remarqué à quel point, dans certaines circonstances du moins, les graphistes sont soit fainéants, soit pas si créatifs que ça, soit éventuellement, disons, consensuels. Je n’ai rien contre eux -je serais même plutôt pour, comme dirait l’autre -puisque c’est aussi  pour partie mon job. Hé oui (d’ailleurs, il y a graphisme et graphisme, mais c’est un autre sujet)…

En réalité, je voudrais attirer votre attention sur un phénomène récurrent depuis plusieurs années maintenant, qui ne vous a peut-être pas échappé, et qui me hérisse la timbale – un peu. C’est le problème de la tendance. J’imagine qu’on y cède tous à un moment donné, même légèrement, parce que l’on s’abandonne à la facilité, au gain de temps, à la pression extérieure, etc…

Et là, plus spécifiquement, c’est la question de la tendance non dans la production elle-même, mais dans les modes de présentation. Taadaa. Pour ceux qui font de la veille (stratégique, créative ou autre…), ils ont même le nez dedans à plein temps. Du temps, on va en gagner, je montre à quoi je fais référence :

visuels de compositions supports d'identité visuelle
L’art de la composition…

Et là, c’est quatre exemples pris au hasard ; Instagram, Pinterest et autre Behance en regorgent suffisamment sans pudeur pour vous faire une idée par vous-même.

On notera donc les caractéristiques de cette recette qui marche ; un fond sobre/uni, voire un bonus lattes de parquets avec variations colorielles, un vignettage de la photo qui assombrit les bords extérieurs du visuel, une composition en perspective isométrique (ou dérivé, à une poignée de degrés près…) montante ou descendante (ou bien vue de dessus, histoire de changer un peu…), peu importe. Et surtout des éléments de composition aussi ordonnés qu’une notice de montage suédoise. C’est bien, on trouve même des mock-ups dédiés (des maquettes en blanc, pour faire simple) permettant d’insérer son propre design ; ça évite : 1) de réfléchir à une autre solution et 2) de s’em****** à le prendre en charge soi-même. Hé oui (bis), parce qu’il faut pas se leurrer, ce genre de photo à réaliser chez soi, c’est quand même long, fastidieux, et ça demande un peu de matériel et de savoir-faire (aussi).

Et moi, ça me chagrine quand un type d’iconographie prend trop d’importance dans mes fils d’actualités, dont la vocation première, comme pour tout un chacun je suppose, consiste à alimenter ma veille créative. C’est comme du fast food rétinien : ça se consomme vite, trop vite même, on y fait plus vraiment attention, et un jour paf ! Indigestion. Et surtout, on ne veille plus à rien…

Aussi ai-je pris le temps de réaliser une mini-série d’affiches pour évoquer ce sujet… Disons que c’est un processus d’action/réaction qui s’est mis en place, avec l’idée de prendre un contrepied ironique à l’uniformisation des « préz » (laul). L’idée était la suivante ; composer les mêmes types de visuels avec… N’importe quoi. Et trouver des accroches au second degré les mettant en perspective. Voici donc le résultat. Je me suis bien fait plaisir à les concevoir et les produire, et je peux désormais confirmer que mettre en place ce genre d’exercice prend du temps.

Projet personnel : Affiche "Graphisme du dimanche"
Projet personnel : Affiche « Graphisme du dimanche »
Projet personnel : Affiche "Plateau Graphisme"
Projet personnel : Affiche « Plateau Graphisme »

Et je voudrais saisir cette occasion pour aborder un point, un peu plus… Sociologique ? Prospectif ?

Voyons. Il y a d’autres évènements qui fleurissent les fils d’actualités depuis un moment, ce sont les articles relatifs à l’inquiétude de nos contemporains sur leur avenir, avec la perspective de l’avènement des machines et de ce qui relève des processus d’automatisation. Et… L’avenir professionnel en fait copieusement partie, puisqu’une étude récente affirme que d’ici 2035 les robots pourraient occuper aux US, auRoyaume-Uni et au Japon la moitié des emplois. D’autre part, les emplois les moins exposés (du moins dans un premier temps…) seraient, naturellement, ceux qui nécessitent un aspect créatif, intuitif, sensible. Normal, quoi – mais ne relisez pas Isaac Asimov ou Ph. K. Dick…

À mon avis, et compte tenu de ce à quoi j’ai fait référence plus haut dans l’article (dans une certaine mesure, nous sommes d’accord…), la question se posera peut-être plus tôt que prévu si nous concevons les outils permettant d’automatiser les tâches (ex. les mockups, les scripts photoshop, etc… Mais je suppose que ça fonctionne avec les principes de frameworks et autres resources), nous en servons sans les challenger, nous en satisfaisons et en redemandons régulièrement dans nos fils d’actualité. Il existe même des pistes de recherches en création création graphique qui se focalise uniquement sur la création via des processus informatiques… Mais  seule l’ironie restera probablement une des étapes les plus difficiles à enseigner à une intelligence artificielle.

Enfin, je suppose que ça mérite discussion, non ?